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Bissap : le vin sénégalais s’exportera-t-il ?
(SYFIA-Sénégal) Rouge, sucré, mais sans alcool, le jus de bissap a toutes les faveurs des Sénégalais. Désormais fabriqué industriellement, il pourrait conquérir les marchés européens avides d’exotisme.

En ville comme à la campagne, durant les cérémonies traditionnelles ou officielles comme dans les restaurants chics de la capitale, le jus de bissap coule à flots. Sans autres "sucreries" à bulles. Connue dans  toute l'Afrique de l'ouest, cette décoction de calices de fleurs d'hibiscus, appelée aussi roselle  ou oseille de Guinée, fraîche, tonifiante et désaltérante, d'une  chaude  couleur rouge, proche de celle du vin fait un tabac au Sénégal. L'Europe commence à la découvrir dans les foires et salons de l'alimentation.

Glacière sur la tête, les petits revendeurs de bissap sont présents dans les gares routières, à l'entrée des stades, des usines ou des écoles, sur les trotoirs. Ils vendent les petits sachets rouges bien glacés à 25 F cfa que chacun suçote pour se rafraîchir. "En période d'hivernage, il m'arrive d'écouler  plus de 200 sachets en une journée", explique Mme Diagana, une ménagère du quartier de Ouaguou Niayes. Vendus par de jeunes Guinéens, ce breuvage traditionnel, connu depuis plus d'un siècle, est préparé par les femmes. La technique est simple, il suffit de faire macérer les calices dans l'eau durant plusieurs heures, de les filtrer et d'ajouter du sucre. C'est une activité lucrative pour nombre d'entre elles qui en tirent  l'essentiel de leurs revenus.

Face à l'abondance de la demande, le prix des calices secs a sérieusement augmenté. On le trouve aujourd'hui à 225 F cfa  le pot. Jusqu'à présent, ce petit arbuste  peu exigeant qu'on trouve dans toute l'Afrique  tropicale n'a pas été considéré comme une culture  spécifique. Il n'est planté qu'en bordure des champs pour démiliter les parcelles. Il produit toute l'année mais surtout en hivernage  (juin à octobre) environ 6300 kg  de calices frais à l'hectare (soit 800 kg secs).

Une production qui risque fort de devenir  insuffisante pour satisfaire des besoins croissants.

Boîte à succès

La transformation artisanale se double, en effet, aujourd'hui d'une fabrication industrielle, résultat des travaux menés par l'ITA (Institut de technologie alimentaire de Dakar) depuis vingt ans. "La préparation du concentré constitue aujourd'hui la principale activité de l'Institut, explique Augustin Ndiaye responsable de ce secteur. cette année la production, qui était l'an dernier de 8000 l extraits de 15 t de calices, doit doubler  mais il nous sera  difficile de satisfaire toutes les demandes".

La SOCA, la société alimentaire de Sébikotane, est son plus gros client. Elle fabrique près de 1500 l par jour de jus de bissap à partir du concentré. Vendu en carton d'un litre  à 265 F cfa, ce jus  est destiné aux hôtels et aux magasins de la capitale où il connaît un vif succès auprès des expatriés et des gens aisés. En revanche, le Soda Bissap, légèrement pétillant, de la SOBOA, la Société des Brasseries de l'Ouest Africain, qui avait  désaltéré les soldats du contingent sénégalais envoyés au koweit, n'a pas pu résister à la concurrence du secteur informel. Sa fabrication est aujourd'hui arrêtée.

Si les ventes locales ne cessent d'augmenter, la commercialisation du jus de bissap à l'étranger se fait plus difficilement. Son goût est certes apprécié. Mais comme l'explique, Mbagnick Ndiaye, le responsable du secteur agricole du Centre international du commerce extérieur, les difficultés de conservation limitent  les possibilités d'exportation. Si, à basse température (10 à) 15°), le jus de bissap se conserve facilement six à douze mois, les pigments colorés virent rapidement à la chaleur en altérant goût du produit.

Aussi l'ITA ne s'est-il pas endormi sur ses roselles. Avec l'appui du Centre de recherche de développement agricole du Canada (CRDA) et la société Lassonde pour le compte de la SOCA, il continue ses recherches pour améliorer les techniques de conservation et d'emballage. Vendre un produit local transformé serait une bonne affaire à l'heure ou l'arachide et le coton se vendent si mal.

En attendant, des opérateurs économques sénégalais se sont spécialisés dans le négoce des calices. Au grand marché de Thiaroye, Nguagne Fall exploite sans tapage son pot au rose. "Au début de l'année, confie-t-il, ma meilleure opération a été la vente d'un container de six (6) tonnes de bissap à une société française. Depuis, j'ai repris la routine, le ravitaillement journalier des préparateurs locaux. "Personne à Dakar ne peut chiffrer avec précision les ventes à l'étranger : France, Italie, Etats-Unis, Suisse, Allemagne. Les fleurs roses sont appréciées pour leur teinte vive qui permet de colorer naturellement les produits alimentaires. On leur reconnaît aussi des vertus médicinales, antispasmodiques et antimicrobiennes en particulier.

A Hambourg, un laboratoire a ainsi mis au point un bonbon rose 100 % naturel à base de bissap et de gomme arabique. Plus récemment à Dakar, M. Mohd S. Masduki, directeur exécutif du Centre Sud d'échange de données en matière d'investissement, de commerce et de technologie déclarait: "la boisson sénégalais, le bissap, est un produit potentiellement exportable en Asie."

Signe des temps, la compagnie Air Afrique décide de servir cette boisson sur ses vols. Autre nouveauté, à l'accasion de la finale du jeu-concours de la francophonie "Génies en herbe", la télévision belge désigne l'équipe sénégalaise comme venant du pays du bissap...

L'image colle bien à  la réalité, mais encore faut-il la soigner pour que le bissap devienne le Coca-Cola sénégalais.

Madieng Seck

Le thé d'Abyssinie à la faveur de Italiens  

(SYFIA) La fleur de roselle n'est pas une inconnue en Europe. pour la petite histoire, on raconte que c'est l'armée italienne qui l'utilisé la première à grande échelle en 1936 lors de la guerre  d'Abyssinie (actuelle Ethiopie). Bue sous forme d'infusion pour prévenir les infections microbiennes consécutives à l'absorption d'eau polluée, la boisson eut l'heure de plaire aux soldats. Rentrés chez eux, ils la firent connaître aux civils.On raconte aussi, qu'au moment des sanctions prises  par les Britaniques à l'encontre des Italiens, ceux-ci furent privés du thé. Par la suite, l'amour-propre national aidant, ils n'en consommèrent plus qu'avec réticence. L'emploi du thé d'Abyssinie se répandit alors dans la péninsule et gagna même l'Europe centrale.

M.S

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