|
Le fonio : Céréale en mutation
(SYFIA
Burkina-Faso) Depuis que le fonio, l'une des céréales les plus
rustiques d'Afrique, triomphe auprès des consommateurs, des chercheurs
ont entrepris de l'améliorer en lui faisant subir des mutations
génétiques par la technique de l'irradiation.
Le
projet de domestication du fonio que conduit M.Sansan agronomiqe
de Farakoba, dans l'ouest du Burkina, n'en est qu'à ses débuts.
Mais il suscite déjà de grands espoirs au point de bénéficier de
l'appui de l'Agence internationale de l'énergie atomique de vienne.
Dans
son bureau exigu transformé en vitrine des résultats de la recherche,
Sansan Da travaille manifestement à l'étroit. Sur des craies en
bambou qui occupent les deux tiers du local, le sélectionneur a
accroché de beaux épis de mil, maïs et sorgho. "C'est pour
montrer a mes visiteurs ce que nous trouvons", explique-t-il.
Dans ce bric-à-brac, véritable caverne d'Ali Baba, devraient bientôt
figurer de petites bottes de fonio d'un genre nouveau. A première
vue, rien ne devrait les distinguer des variétés actuelles, sinon
que ce nuveau fonio serra "déhiscent", c'est-à-dire la
particularité de s'ouvrir légèrement à son extrémité. Ce petit détail,
constitue pourtant un grand bond en avant dans la recherche pour
la domestication du fonio.
Contrairment
à celui des autres céréales locales, le grain de fonio a une enveloppe
protectrice qui adhère au grain et le recouvre complètement. Ce
qui en complique l'extraction. "Avec le grain déhiscent, on
dépensera moins d'énergie dans le traitement post-récolte",
explique Sansa Da. Voilà une nouvelle qui ne manquera pas de réjouir
les ménagères et par ricohet, les gourmets. Les spécialistes pensent
en effet que la difficulté des opérations post-récolts sur le fonio
est responsable de son coût élevé sur les marchés (il est généralement
deux fois plus cher que le riz ou la farine de mil). Une vendeuse
de fonio à Rood Woko, le grand marché de Ouagadougou, confirme :
" Nous passons énormément de temps pour séparer le grain des
impuretés et surtout des enveloppes. C'est extrêmement pénible comme
opération. Actuellement, le temps est relativement humide, nuos
devons mettre le grain dans la marmite, le chauffer pour faire évaporer
l'humidité avant de le piler."
Une
plante à l'état de nature
Et
ce n'est pas la moindre des "bizarreries" de cette plante
dont un seul grain produit jusqu'à 400 pieds, parfois 600. Si une
telle "performance" peut être appréciée en termes de densité
de semis, elle constitue cependant un handicap au moment du sarclage.
La fragilité des tiges de la plante et sa nature rampante ne facilitent
pas la récolte non plus. La plante n'étant pas érigée, il faut rassembler
les touffes avant de procéder à la récolte. Autre inconvénient du
fonio : il égrène spontanément. A sa maturité, les pédoncules se
cassent et le producteur peut perdre la totalité de sa récolte pour
n'avoir pas respecté au jour près la date de la moisson.
Pour
domestiquer une plante aussi rustique, il fallait ebn modifier les
caractères génétiques afin d'obtenir des semences plus productives
et plus faciles à décortiquer. C'est là qu'intervient l'irradiation.
Cette technique est utilisée à Vienne par la division des techniques
nucléaires pour l'alimentation et l'agriculture, placée sous le
patronage conjoint de la Fao et de l'Agence internationale de l'Energie
Atomique (Aiea). Depuis sa création, il y a trente ans, cette structure
a participé à la mise au point de plus de 1200 nouvelles variétés
de plantes cultivées. Après que les premiers échantillons de foniio
aient fait l'aller-retour entre Vienne et le Burkina, dans un deuxième
temps, Sansan Da a ensuite collaboré avec le Crta, un laboratoir
de Bobo Dioulasso qui utilise habituellement la radioactivité our
stériliser des mouches tsé-tsé dans le cadre de la lutte contre
la trypanosomose.
"Nous
avons recouru à l'atome pour essayer de voir comment apporter des
perturbations majeures dans la structure chromosomique de la plante",
explique Sansan Da. Ces perturbations se traduisent par des mutations
assez imprévisibles et plus ou moins intéressantes suivant la dose
radioactive appliquée. "Nous avons du travailler à l'aveuglette",
reconnaît le chercheur. De multiples tâtonnements ont été nécessaires
avant d'aboutir à des résultats positifs avec certaines variétés
de fonio collectées au Mali ainsi que dans les régions et sud-ouest
du Burkina. C'est ainsi qu'a été obtenu le caractère de déhiscence.
Réhabilitation
tardive
Les
expérimentations au champ réalisées par la suite ont permis
de tordre le cou à certaines idées reçues. Ainsi, depuis quatre
(4) ans que sont conduits ces essais agronomique, des rendements
de 2 t à 2,5 t/ha ont été relevés en station. Le fonio, réputé peu
productif, a donc finalement les mêmes performances que le petit
mil pour peu qu'on le cultive dans de bonnes conditions. Or, explique
le sélectionneur, "habituellement, le fonio pousse sur des
terres marginales. C'est quand on voit qu'on n'a rien à tirer d'un
terrain qu'on y sème du fonio. "Plante des terres fatiguées,
le fonio a aussi été longtemps considéré comme une céréale des mauvais
jours : "Son cycle est court dans de nombreuses zones, ce qui
en fait une plante de soudure ; d'où sa qualité de plante-tampon
pour les périodes difficiles".
Ces
caractéristiques de "plante de l'extrême que possède le fonio
ont longtemps occulté son potentiel de productivité, qui n'est pas
négligeable. Les efforts actuels d'amélioration génétique de cette
céréale, ajoutés à l'engouement qu'elle suscite actuellement chez
des consommateurs, pourraient donner au fonio une seconde jeunesse.
Souleymane Ouattara
|