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Karité bien ordonné
Karité contre toxine.

Le beurre de karité rate le train du chocolat

(Syfia Burkina) Les amateurs du 100 % chocolat n’ont rien à craindre des productrices burkinabé de beurre de karité. Faute d’équipements appropriés, elles sont pour l’instant incapables de produire beaucoup en respectant les normes de qualité de l’Union européenne.

En janvier 2003, la directive européenne du 28 octobre 1999 sur l’introduction dans le chocolat de 5 % de matières grasses végétales (huile de palme, noyau de mangues, karité et autres produits tropicaux) entrera en vigueur. Cette directive dopera à coup sûr le marché du beurre de karité, extrait de la noix du karité, un arbre qui pousse à l’état sauvage dans les savanes d’Afrique. Cette matière grasse, jusque là exportée et appréciée surtout dans la fabrication des produits pharmaceutiques et cosmétiques, a de quoi séduire les chocolatiers. Elle est abondante, bon marché et, associée au beurre de cacao, elle améliore la conservation du chocolat.

En bonne logique économique, les productrices de beurre de karité burkinabé devraient se réjouir de l’ouverture de ce marché assez déprimé. Il n’en est rien. Bien au contraire, l’approche de l’échéance de janvier 2003 les angoisse. Certes, elles détiennent le monopole de la production et de la commercialisation du beurre de karité au Burkina mais elles ne sont pas assez préparées pour profiter de cette opportunité.

Technologie rudimentaire

A Gounghin, un quartier de Ouagadougou, des productrices en sueur, s’activent à honorer la commande d’un client canadien. Membres de l’Union Faso karité (Ufk), elles continuent à extraire le beurre avec des techniques très rudimentaires, souvent manuelles. Le barattage, qui consiste à battre vigoureusement à la main la pâte extraite de l’amande, ne permet pas d’obtenir de grandes quantités de beurre. Malgré l’utilisation d’une concasseuse de noix et d’un moulin, cette technique épuisante limite la capacité de production de l’Ufk à 30 t par mois. L’unité doit constamment recourir au réseau de la Fédération pour honorer ses grosses commandes. Pour Madeleine Ouédraogo, coordonnatrice de l’Ufk, “ bien que le barattage fournisse du beurre de bonne qualité, il est trop pénible pour les femmes. Il faut trouver des technologies alternatives ”.

Dans le petit local où traînent des pièces défectueuses, est installée une machine aux bras tentaculaires, une presse d’origine indienne, financée par l’ambassade des Etats-Unis. C’est là que les beurres provenant des différents groupements sont retraités, homogénéisés et conditionnés pour l’exportation. La refonte du beurre, nécessaire pour respecter les normes internationales (taux d’acidité de 1 à 2 %, d’impureté et d’humidité de 1 %), augmente les frais de production et réduit d’autant les marges bénéficiaires. L’activité des femmes de l’Ufk est pourtant considérée au Burkina comme une réussite malgré de sérieux handicaps : persistance du barattage, problèmes d’emballages, pièces de rechanges de la presse semi-industrielle introuvables sur le marché...

Conséquence des défaillances de la technologie, le Burkina n’exporte que 650 t de beurre par an pour une valeur de 250 millions de F cfa (381 000 euros) contre 18 000 t d’amandes brutes qui lui rapportent 1,2 milliard de F cfa (1 830 000 millions d’euros). Ramasseuses, collecteurs, transformatrices, transporteurs, exportateurs… l’arbre à beurre fait vivre des centaines de familles. Depuis une dizaine d’années, l’Etat fait de gros efforts pour doter les groupements féminins en presses et en moulins par l’entremise du Projet national karité. Mais certains moulins, équipés de meules en fer, inappropriées pour broyer les matières grasses, ont été abandonnés.

Nombre d’institutions dénoncent l’absence de politique véritable de vulgarisation des technologies disponibles et l’inefficacité des structures d’appui. “ L’appui ne doit pas se limiter aux formations. Il faut aussi les moyens de production pour accompagner le processus ”, estime Seydou Fofana, président de la “ Table filière karité ”, un regroupement de producteurs, transporteurs et exportateurs de karité, financé par le Canada.

Impliquer les hommes

Les freins à la productivité sont encore plus puissants dans les villages. La faiblesse de la capacité de stockage y entraîne des pénuries de matière première. Les femmes, plus démunies qu’en ville, ont du mal à accéder au crédit. Elles doivent concasser les noix une par une et parfois l’eau leur manque.

Toutes ces difficultés rebutent les hommes qui gardent en revanche le monopole de l’exportation des noix brutes. La présidente de l’Ufk voudrait que ceux-ci s’engagent dans la transformation du karité pour en accroître la valeur ajoutée. “  La transformation, une activité traditionnellement dévolue aux femmes, pourrait devenir un métier d’hommes à condition d’avoir des unités dotées de technologies modernes de production ”.

Pour transformer ce rêve en réalité, tous les regards se tournent désormais vers les instituts nationaux de recherche. Concepteurs de la machine à concasser les noix, ils doivent mettre au point la machine à baratter pour alléger les souffrances des femmes et produire en quantité. Et dans le cas contraire ? “ La directive ne profitera à personne si les productrices n’ont pas de petites technologies capables d’augmenter leur capacité de production et de créer de la valeur ajoutée ”, prédit M. Fofana.


Karité bien ordonné
Lorsqu’en 2000 l’Union européenne a décidé d’autoriser le chocolat à contenir jusqu’à 5% de graisses végétales autre que le beurre de cacao, le beurre de karité se voyait promis un bel avenir de substitut. Deux ans plus tard, rien ne s’est produit. L’huile de palme, bien que de moindre qualité, est entrain de prendre la place comme équivalent de beurre de cacao (EBC). Qu’est-il arrivé au karité, pourtant appelé « l’or blanc des femmes » ?
Le beurre de karité est extrait des fruits de l’arbre à karité (Vitellaria paradoxa, également appelé Butryospermum paradoxum) qui pousse dans la zone sud du Sahel, du Sénégal à l’ouest de l’Ouganda et au Soudan en Afrique de l’est. Chaque arbre produit 15 à 20 Kg de fruits, dont on extrait 1,5 Kg de beurre. Les noix transformées rapportent près d’une fois et demi plus (200€/t) que les noix brutes. La récolte et la transformation en beurre sont essentiellement faites par les femmes. Le beurre est transformé en huile de cuisson, consommé localement ou exporté comme base pour les cosmétiques ou comme graisse alimentaire.
Le problème, c’est que le karité est difficile à exploiter, qu’il ne donne des fruits qu’au bout de 15 ou 20 ans et que son rendement est capricieux. Le karité n’est pas un bon EBC, car les quantités produites sont trop faibles, irrégulières et mal rémunérées sur les marchés intermédiaires. Sur une production totale estimée à 1,7 millions de tonnes, seules 65 000 tonnes sont exportées comme EBC et 3 000 tonnes pour les cosmétiques.
Des améliorations sont possibles si les producteurs savent s’organiser pour garantir des livraisons régulières et établir des liens directs avec des marchés comme les industries du cacao et des cosmétiques. Au Burkina Faso, le Fonds des Nations unies pour les femmes (UNIFEM) a négocié un accord entre les producteurs et l’Occitane, une société française qui achète maintenant directement à l’Union des Groupements Kiswendsida (UGK) rassemblant 100 groupes de femmes productrices de karité. En 2001, l’Occitane lui a acheté 60 tonnes de beurre. (Cf SPORE N°101 octobre 2002)

Karité contre toxine.
Des biologistes des institut françaisndir de recherche IRD et INRA ont trouvé une nouvelle souche de la bactérie Esherichia Coli dans des gâteaux de karité. Normalement présente seulement dans l’estomac des animaux à sang chaud, cette bactérie peut être utilisée pour désacidifier les toxines telles que le tanin. Les souches génétiques modifiées de cette bactérie sont utilisées pour fabriquer des hormones de croissance, des protéines comme l’insuline et des conservateurs alimentaires. Cette découverte signifie que les produits dérivés de cette nouvelle souche peuvent être considérés comme « naturels ».
(Cf SPORE N°101 octobre 2002)

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