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Faire
son beurre dans le karité
(Syfia-Canada) Amina Gerba ne connaissait même pas le karité
quand elle est arrivée à Montréal. Aujourd’hui,
la Camerounaise concurrence les grands fabricants sur leur propre
terrain avec ses cosmétiques à base de karité.
Peu d’Africaines peuvent
se targuer d’une aussi belle réussite qu’Amina
Gerba, cette Montréalaise d’origine camerounaise
en passe de se constituer un petit empire commercial en Amérique
du Nord. Fondée il y a cinq ans à peine, son entreprise,
Flash beauté, distribue ses propres cosmétiques
– concoctés dans son propre laboratoire – dans
des centaines de points de vente au Canada et aux Etats-Unis.
Amina Gerba a ainsi fait connaître au public canadien les
vertus du karité, qui sert de base aux produits cosmétiques
qu'elle commercialise sous le nom de Kariderm. Sa collection de
laits et de crèmes pour le corps, de gels, de savons, de
produits éclaircissants et de pommades capillaires est
impressionnante. Pas mal pour une femme qui ne savait rien de
la noix-miracle avant de prendre racine au pays des castors, il
y a 16 ans. « Je viens de Bafia, dans le centre du Cameroun,
explique-t-elle. Là-bas, on ne connaît pas le karité,
qui pousse plutôt dans le Nord. » C’était
avant son voyage d’exploration au Burkina Faso, où
elle a eu l’idée d’associer la noix de «
l’arbre à beurre » à des huiles essentielles
tirées de plantes odoriférantes comme le romarin,
le bois de rose, la cannelle ou l'eucalyptus. Pour en faire des
cosmétiques et les vendre au grand public, sous le nez
des Lancôme, Elisabeth Arden et autres Max Factor de ce
monde, rien de moins.
Certifié biologique
Aujourd’hui, elle peut dire ‘mission accomplie’.
Ses produits sont en vente dans plus de 400 boutiques de produits
naturels et de pharmacies, surtout au Québec et en Ontario.
« Notre clientèle est avide d’informations
sur les cosmétiques. Les gens lisent l’étiquette
jusqu’au bout », se réjouit la femme d’affaires.
Tous ses employés – une dizaine – sont québécois.
Elle a quelques bons clients à New York, un tout nouveau
à Washington. Même à Ouagadougou, les produits
Kariderm font leur petit bonhomme de chemin, en relation étroite
avec le Groupement féminin Songtaaba, voué à
l’émancipation économique et sociale des femmes
burkinabè. Amina Gerba est très fière d’avoir
obtenu la première certification biologique au monde pour
le beurre de karité fabriqué par les femmes de Songtaaba.
« Ça ouvre des perspectives intéressantes
», murmure l’entrepreneure, qui traverse l’Atlantique
une bonne fois par mois pour ses affaires.
Flash Beauté n’est que l’une des nombreuses
casquettes que porte cette mère de quatre enfants. Depuis
huit ans, elle est impliquée jusqu’au cou dans Afrique
Expansion Inc, une firme de gestion de projets qui propose son
expertise dans la recherche de partenaires industriels ou financiers.
Comme si ce n’était pas assez, elle s’occupe
des ventes publicitaires du magazine Afrique Expansion, une revue
trimestrielle qui traite de relations d'affaires entre le Nord
et le Sud et qu’elle a lancée avec son journaliste
de mari… « En tant qu’Africaine, avec tous les
préjugés négatifs qui nous entachent, il
faut faire ses preuves, dit Amina Gerba. C’est une bataille
continuelle. Ce n’est pas parce qu’on est africaine
qu’on n’est pas capable de faire des affaires. Il
faut faire nos preuves pas seulement dans le cosmétique
mais dans tout ce qu’on entreprend. Il faut se demander
ce qu’on peut apprendre aux gens d’ici. »
Ce n’est pas pour rien que le Gala de reconnaissance communautaire
de Montréal, cérémonie annuelle soulignant
les mérites des membres de la diaspora africaine qui s'illustrent
par leurs réalisations au Canada, lui a décerné
le prix d'Excellence. « Parmi toutes les entreprises en
nomination, la sienne était la plus jeune et la plus solide,
dit le Burkinabè Ben-Marc Diendéré, en rappelant
que ce sont les femmes qui tiennent les greniers et les capitaux
en Afrique. Amina est une pure descendante de la femme africaine,
à la fois femme-grenier et femme-capital. Après
seulement 5 ans d'existence, Flash Beauté est en pleine
expansion. »
A cheval sur deux mondes
Amina Gerba accorde une grande importance au réseau de
contacts qu'elle a tissé au fil des ans. « Le network
est primordial », assure cette femme décidément
d’action qui ne rate jamais un événement,
toujours prête à distribuer cartes de visite et échantillons
aux décideurs de la place. Titulaire d’un MBA en
gestion, elle a vite saisi les différences dans la manière
de se comporter en affaires des deux côtés de l’Atlantique.
« En Afrique, il faut savoir donner son temps et s'en remettre
à la parole pour sceller un accord, dit-elle. En Amérique,
le temps c'est de l'argent et un contrat doit toujours se faire
par écrit. Il faut naviguer d’une approche à
l’autre. »
El l’avenir ? Quand on lui demande ce qu’elle ferait
si un grand fabricant lui proposait un pont d’or contre
son entreprise, Amina hésite une seconde, soudain pensive
: « Je dirais non, pour le moment. Du moins, pas avant que
je sois arrivée à un certain stade. Il y a encore
plein de défis à relever... »
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