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Le karité
en quête de normes pour mieux s’exporter
(Syfia
Sénégal) De produit artisanal typiquement africain, le beurre
de karité, utilisé dans la fabrication de cosmétiques et celle
du chocolat, est devenu une star internationale à l’exportation.
Mais l’absence de normes freine son expansion.
«Depuis 30 ans que je suis avec
les groupes chocolatiers, nous demandons à la FAO d’inscrire
le karité au Codex alimentaire (cf. encadré) » Chemise blanche,
tête chauve, Georges Henri Brun, sémillant homme d’affaires
établi en Côte d’ivoire pour le compte de Aarhus, une multinationale
de l’agroalimentaire, jette, cru, son étonnement. A Dakar,
devant un parterre de scientifiques, d’experts, d’industriels
et d’exploitants locaux, cet intermédiaire dit ne rien comprendre
au sort réservé au karité. Selon lui, cet oléagineux, à mettre
au rang des meilleurs corps gras, serait victime d’un lobby
mais l’homme d’affaires n’en dira pas plus.
Facile, cependant d’avoir des normes, lance dans la salle
un expert: « Il faut, dit-il, déposer une demande à la FAO. S’il
y a un vide, c’est qu’il
n’y a jamais eu de demande de pays africains »“.
(Voir encadré).
Poussant exclusivement en Afrique, le karité (Vitellaria paradoxa)
dont les amandes fournissent de l’huile et du beurre, offre
de grosses potentialités à l’exportation. Surtout depuis
que l’Union européenne a autorisé les industriels à incorporer
5 % de graisse végétale dont le beurre de karité dans le chocolat
à la place du beurre de cacao. Mais pour bon nombre d’intermédiaires,
c’est le secteur cosmétique à l’exportation (vers
l’Amérique du nord et le Japon, surtout) qui est le plus
dynamique. Ses qualités diététiques font aussi du karité un des
produits de niche les plus porteurs en Occident.
Selon un représentant de la Fao à Dakar, 610 000 t d’amandes
de karité ont été collectées en Afrique en 2000, dont 10 % exportées
en Europe et au Japon. Au Mali, 85 000 t sont récoltées
en moyenne par an dont près de 15 000 t exportées chaque année.
Au Burkina (production de 70 000 t/an), le karité se place au
3ème rang des produits d’exportation.
Faire
pression sur les gouvernements. Malgré ses atouts,
le karité souffre d’un manque d’intérêt de la part
des gouvernements africains et sa non inscription aux normes Fao
freine son expansion. Début mars à Dakar, un atelier international
a réuni une centaine de scientifiques, experts de la Fao et d’organismes
de développement, producteurs, industriels et transformateurs
locaux venus de 18 pays africains. Au cœur des débats, la
normalisation du karité: beaucoup d’acteurs présents ne
s’expliquent pas sa non-inscription au Codex alimentaire.
Essentiellement affaire de femmes jusqu’à présent, le karité
était surtout transformé artisanalement dans les 16 pays africains
producteurs ce qui n’excluait pas les contrôles de qualité
sur l’acidité (inférieur ou égal à 6 %), l’humidité
(0,5 %), l’impureté (0,5 %. )Mais ces mesures ne satisfont
pas les experts depuis que le karité fait une carrière internationale.
Comme eux, les industriels demandent des normes plus fiables.
Conscients des potentialités du karité à l’exportation,
les transformateurs les réclament aussi. « Nous sommes prêtes
à faire des pressions sur nos gouvernements pour qu’ils
règlent cette question de la norme »“déclare Félicité Yaméogo,
connue au Burkina sous le nom de Mme Karité.
Toutefois, la « normalisation » du karité ne fait pas l’unanimité.
Sylvain Malle, directeur en Afrique de l’ouest du Ceci,
une Ong canadienne qui appuie les exploitantes du Burkina et du
Bénin, s’inquiète comme d’autres participants du «
tout norme ». Il se demande si les règles commerciales de l’Omc
ne risquent pas d’enfermer ce produit miracle, utilisé depuis
4000 ans en Afrique dans l’alimentation et la pharmacopée.
Et Cécile Broutin, du Gret, une Ong française, souligne, elle,
la nécessité de « développer les marchés locaux de karité et sa
consommation alimentaire.
Madieng
Seck
Le
Codex alimentaire
Structure
de la FAO, le Codex alimentaire travaille sur les normes de qualité
des produits pour établir des systèmes d’évaluation équivalents
dans tous les pays et garantir ainsi une meilleure protection
des consommateurs. Pour s’inscrire au Codex alimentaire,
le ou les gouvernements des pays membres de la Fao doivent envoyer
une demande de normalisation au « Une commission se réunira
en septembre 2002. Elle statuera sur une requête justifiée de
normalisation produit alimentaire », précise à ce propos Enrico Casadei de la FAO.
M.S.
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