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Karité : Une pommade anti-moustique  contre le paludisme.

« J’avais beaucoup de boutons suite aux piqûres de moustiques, mais depuis que j’ai utilisé cette pommade, je ne les vois plus. Ce témoignage est de Joseph Sagna, un chef d’entreprise rencontré à son bureau à Dakar. Pour convaincre, ce quadragénaire ne se gêne pas de relever la manche de sa chemise pour montrer quelques tâches noires sur la peau laissées par les piqûres de moustiques.
Joseph est un client de  «La Maison du Karité », un magasin situé au marché de Tilène à Dakar où il a découvert ce produit mis au point par Taïb Diop, un biologiste sénégalais. Membre de l’Association africaine des tradipraticiens, mais aussi fabricant de produits cosmétiques à base du beurre de karité, Taïb travaille depuis deux  ans sur cette pommade anti-moustique faite elle aussi à base de beurre de karité issu de « l’arbre à beurre » (Vitellaria paradoxa) poussant exclusivement en Afrique et connu pour ses vertus cosmétiques et thérapeutiques. Le beurre de karité est, en effet, anti-inflammatoire et soulage entorses et courbatures et aide à une cicatrisation rapide des plaies.. Efficace contre les irritations de la peau, adoucissant, le beurre de karité est aussi un anti desséchant cutané et capillaire.

Sans dévoiler tous ses secrets de fabrication, Taïb révèle quand même la présence d’essence de citronnelle et d’autres essences de plantes médicinales dans sa pommade. De couleur marron -clair, la pommade est présentée en boîtes de 100 gr vendues entre 600 et 700 F cfa l’unité. Mais le fabricant prévoit des « boîtes familiales » de 500 g à  2000 F cfa. Dans son laboratoire à Dakar, le biologiste ne semble jusque là vouloir faire du tapage sur sa nouvelle trouvaille, sachant peut-être qu’il existe des lotions naturelles contre les moustiques un peu partout. Mais sa pommade, tient-il à préciser, a suivi un processus normal.  «Il fallait d’abord faire des essais, expérimenter le produit avant de le mettre sur le marché »

Selon l’inventeur, cette pommade ne contient aucun produit toxique. Elle peut même être utilisée en présence des enfants et des personnes de tous âges. Contrairement aux insecticides dont l’utilisation est déconseillée, la pommade ne produit  pas d’effets secondaires. Ce qui constitue un avantage vu les nombreux accidents causés par l’usage abusif ou la manipulation de produits chimiques pour se débarrasser des moustiques. Des moustiques grands vecteurs de paludisme, comme par exemple l’anophèle, qui développent d’ailleurs des systèmes de résistance face aux insecticides tels la poudre DTT. «L’organisme humain est vulnérable à l’insecticide qui peut entraîner des problèmes de rhumatisme, des complications pulmonaires et même des maladies de la peau », explique le biologiste.  

C’est sans doute cet avantage qui fait que cette pommade naturelle bénéficie déjà des effets marketing du bouche à oreille. Dans la capitale sénégalaise certaines pharmacies comme celle des quartiers de la Médina et du Point E n’ont pas attendu ces échos favorables pour démarrer les ventes. En attendant, la pommade est  testée aux Parcelles assainies, la grande banlieue dakaroise. En province, les districts sanitaires des  régions de Fatick  et de Kaolack, en collaboration avec les services d’hygiène, se proposent d’en faire une large distribution.

Autre avantage, hormis le fait de traiter certaines irritations, la pommade anti moustique ne tâche pas les habits et son utilisation est simple. Il suffit d’en mettre partout, surtout sur les parties exposées aux moustiques, le soir au coucher. «Et les moustiques vous laissent tranquilles pendant sept bonnes heures», lance souriant le biologiste confiant de la fiabilité de son produit.

Des inconvénients cependant : l’effet de chaleur que provoque cette pommade quand on n’a pas la chance de dormir dans un endroit bien aéré. Egalement le prix indiqué en  pharmacie (1380 F cfa) qui n’est pas à la portée de toutes les bourses. Habituée à  l’emploi de telles pommades, une européenne se demande s’il ne s’agit pas d’un répulsif qui soulage les piqûres ?

Au Sénégal, on assiste ces dernières années à la recrudescence du paludisme, l’une des trois principales causes de décès dans le pays. Au ministère de la Santé on estime à 7000 par an le nombre de décès enregistrés dans les structures hospitalières. Mais il y en aurait globalement 20 000 si on tient compte des décès survenus en dehors de ces structures sanitaires. Selon l’Oms, on dénombre en Afrique Un million de décès par an dus au paludisme. Autant de raisons pour qu’en avril 2002, à l’occasion de la célébration de la journée africaine contre le paludisme, les autorités sénégalaises déclarent la guerre contre cette pandémie.

Selon l’inventeur de la pommade anti moustique, des négociations sont en cours avec les grossistes et distributeurs de produits pharmaceutiques qui vont bientôt le commercialiser.  « Il fallait trouver d’autres moyens de lutte pour venir à bout de l’anophèle qui fait plus de morts que le Vih Sida », dit Taïb, fier de montrer qu’en Afrique, la pharmacopée antipaludique n’est pas en reste et peut valablement s’impliquer dans la lutte contre le paludisme. Cependant, n’est-il pas un peu tôt de crier victoire sur ces moustiques ?

Malado Dembélé
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